Bouillon kub

Quand Maggi buvait le court bouillon en 1914

culturalis Par Le 06/05/2022

Le 4 août 1914, un télégramme en provenance du Ministère de l’Intérieur arrive sur le bureau des préfets de France.
Ce message invite les agents de l’État à arracher toutes les affiches publicitaires de Maggi proches des voies ferrées ou des infrastructures importantes.

Mais pourquoi une telle requête de l’État français ?

Maggi est fondée en 1885 par Julius Michael Johannes Maggi qui construit à cette date une fabrique près de Zurich pour produire des soupes et des « farines de légumineuses » puis des conserves.
La société se développe ensuite en Europe et aux États-Unis tandis que la gamme de produits se diversifie grâce à la commercialisation du lait pasteurisé (1903) ainsi que du beurre, du fromage et du yaourt (à partir de 1912 avec le lait non vendu).
Mais surtout, en 1907, Maggi commence à vendre des bouillons en cube, les « KUB » (aujourd’hui appelé « KUB OR ».

 

Mais lors de l’été 1914, les tensions européennes très fortes depuis quelques années explosent et la Première Guerre Mondiale éclate.
La France rentre dans le conflit le 3 août 1914 et un très fort sentiment anti-germaniste se déchaîne dans le pays. Plusieurs brasseries parisiennes avec des noms trop allemands sont saccagées et l’entreprise Maggi se retrouve dans le viseur de la fureur populaire avec de très nombreuses rumeurs de trahison.

Le patron allemand de l’entreprise, espion en France pour le compte de son pays d’origine, viendrait d’être arrêté par la police alors qu’il fuyait vers Berlin avec 40 millions de francs cachés dans des bouteilles de lait. Le même lait qui servirait à empoisonner les enfants et les militaires français.
La société aurait même essayé il y a quelques années de franciser son nom pour mieux infiltrer le pays et faciliter ses activités de renseignements.
Enfin, on trouverait derrière les affiches publicitaires de la société des codes servant à guider les soldats allemands et à leur donner des lieux et bâtiments à détruire pour paralyser l’effort de guerre français.

Et ces rumeurs se diffusèrent tellement vite que l’État demandera ainsi l’arrachage des affiches.

 

Mais ce ne sont que des rumeurs. Qu’est ce qu’il y a de vrai dedans ?

 

Tentative de changement de nom :
C’est partiellement vrai.
L’entreprise s’est en effet retrouvée devant le Tribunal de Commerce en 1912. Maggi avait essayé d’appeler ses bouillons « Cube » pour éviter les problèmes de boycott en cas de forte montée des tensions. Ce changement fut refusé par la justice et l’entreprise dû garder le nom « KUB » pour son produit.

 

Code derrière les affiches pour marquer des cibles :
C’est faux.
Il y a effectivement des codes derrière les affiches Maggi mais ils n’ont aucuns objectifs militaires. Ces codes sont derrière les affiches de l’entreprise depuis 1907 (date d’implantation de la société en France) sur ordre de l’administration. Le code est celui d’enregistrement de la marque et du droit du timbre pour l’affichage.

 

Maggi (l’entreprise) et Julius Maggi (le fondateur) sont allemands :
C’est faux.
Julius Maggi est né le 9 octobre 1848 à Frauenfeld, une commune dans le canton suisse de Thurgovie. Il a donc toujours été suisse et c’est d’ailleurs pour cela qu’il ouvre sa première fabrique près de Zurich.
Ce qui fait également de Maggi une entreprise suisse.

 

Julius Maggi a été arrêté à l’été 1914 par la police avec 40 millions de francs sur lui :
C’est faux.
Parce ce qu’il n’est pas en France à ce moment là.
En effet, alors qu’il est au travail à Paris, il est victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Très affecté et malade, il est transféré d’urgence en Suisse où il meurt le … 19 octobre 1912.
Lors du déclenchement de la Première Guerre Mondiale, Julius Maggi est donc mort depuis presque deux ans. Il est d’ailleurs enterré dans le cimetière municipal de Lindau dans le canton de Zurich.

 

Malgré le non-fondé de ces rumeurs, le laboratoire et près de 850 points de livraison de Maggi en France sont vandalisés et il faudra quelques temps à la société pour rétablir la vérité.

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