Entre théâtre et jeux de mots : le siège d'Arras de 1640

Quand il découvre que Christian et Roxane viennent de se marier, le comte de Guiche envoie Cyrano de Bergerac, dans la pièce de théâtre éponyme, à la guerre et au siège d’Arras.
Christian y mourra d’ailleurs ce qui cloture l'Acte IV de la pièce (Alerte Spoiler !!!).

Ce fameux siège d’Arras, qui a réellement existé, durera presque deux mois et permit aux français de prendre la ville aux espagnols.
Ce fut également l’occasion d’un petit jeu de mots bien senti.

 

I - ContexteGuerre de 30 ans

Débutée en 1618, la guerre de 30 ans était, à l’origine, une révolte des états protestants allemands refusant la conversion catholique.
Mais, voyant les protestants en grande difficulté, de nombreux dirigeants européens vont s’impliquer dans le conflit (Danemark en 1625, Suède 1630 et la France en 1635).

La France obtient d’ailleurs le soutien des Provinces-Unies (en lutte contre les Habsbourg, contrôlant l’Espagne et à la tête des états catholiques allemands, pour leur indépendance).
La guerre de 30 ans est un conflit très complexe et intéressant sur lequel la chaîne YouTube Sur le Champ a consacrée une vidéo si vous souhaitez en savoir plus.
https://www.youtube.com/watch?v=tOO5qBoz5cs&t=675s

Pendant ce conflit, la France affronta l’Espagne dans les Flandres pour agrandir son territoire.
Après avoir prit la Thiérache et le Vermandois en 1636 puis avoir échouer devant Saint Omer en 1638, l’armée française cherche à prendre l’Artois.
La prise d’Hesdin en 1639 donne le contrôle d’une partie de la province et la ville d’Arras est la prochaine à prendre pour permettre à la France d’avoir un contrôle total.

 

II - Le siège d’Arras

La ville est défendue par 2 000 hommes dirigés par le colonel O’Neill et fait face à 23 000 fantassins et 9 000 cavaliers répartis en 4 corps d’armée (2 français et 2 des Provinces-Unies).

Apprenant le siège d’Arras, Ferdinand d’Autriche va lui porter secours. Mais, en approchant de la ville, il décide de ne pas attaquer mais plutôt d’assiéger les assiégeants tout en se renforçant.
Il intercepte ainsi tous les convois et parvient vite à obtenir une force de 20 000 fantassins et 12 000 cavaliers. Et il va alors attendre le bon moment pour attaquer.

Pendant ce temps, apprenant l’encerclement effectué par les espagnols, Richelieu et le roi de France organise un immense convoi de ravitaillement de nourriture et de munitions qui sera escorté par 18 000 hommes sous le commandement du gouverneur de Lorraine du Hallier.

Les français encerclant Arras envoient alors 6 000 hommes pour faire la jonction avec ce convoi et les troupes de secours. La jonction se fait le 2 août au matin sans qu’aucune troupe n’ai eu à faire face à de la résistance de la part des espagnol.
Siege d arras

Et pour cause, Ferdinand d’Autriche a choisit ce moment pour attaquer les 15 000 hommes affamés restant devant la ville.
Les combats sont très acharnés notamment autour d’un fort tenu par le colonel Rantzau (un allemand qui deviendra maréchal de France en 1645 et qui sera l’un des personnages les plus aventureux et indomptable de la guerre de 30 ans) qui sera prit et reprit plusieurs fois.
Après un ultime assaut espagnol qui sera repoussé, les 24 000 hommes du convoi et des troupes de jonction arrivent pour les soutenir.
Les espagnols battent alors en retraite.

Le 3 août, les français proposent à la ville de capituler. Celle-ci résistera jusqu’au 7 et se rendra le 9 août 1640 après près de 2 mois de siège.

 

III - Conséquences

La ville se rend à la France sous plusieurs conditions notamment le maintien de ses privilèges et de son parlement.

La prise de la ville, espagnole depuis 1579, redonna confiance aux français. Une nouvelle campagne en 1641 permit la capture de Lens et de La Bassée ce qui donna à la France le contrôle total de l’Artois.
 

La prise de la ville donna d’ailleurs lieu à un petit moment d’amusement.Citation siege arras
En effet, quand les espagnols avaient récupéré Arras en 1579 à la suite de troubles en France, ils avaient fortement renforcé les défenses de la cité.
Croyant la ville imprenable, ils avaient gravé une inscription sur un de ses portes :
« Quand les français prendront Arras, les souris mangeront les chats »

Mais, comme les français prirent la ville et qu’aucun chat ne fut mangé par une souris, l’inscription due être modifiée. On enleva ainsi le P :
« Quand les français rendront Arras, les souris mangeront les chats »
 

Les soldats et les habitants de l’époque savaient, assurément, faire de bons jeux de mots.

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