La révolte des canuts de 1831

Entre la fin du XVIIIe siècle et la fin du XIXe siècle, la France connaîtra de nombreux soulèvements, révoltes et révolutions.
Le plus célèbre de ces troubles restant la Révolution de 1789.

Mais c’est aussi en France qu’eut lieu l’une des premières insurrections sociales de l’ère industrielle : la révolte des canuts en 1831.

 

I - L’origine des canuts et de la révolte.

Pour juguler la fuite de la monnaie française vers les cités italiennes, François Ier décide en 1536 d’octroyer à Lyon le monopole de l’importation de la soie en France ainsi que celui de la fabrication de tissus à partir de cette soie.
C’est alors le point de départ d’une industrie de tissage qui rayonnera à travers le monde et qui finira par dépasser les tissus italiens.Atelier de canuts

Les tissus sont fabriqués dans un atelier qui sert aussi de maisons à l’ouvrier tisserand : le canut (l’origine du mot est débattue mais il viendrait probablement de la canette, un dévidoir à fil qui navigue sur le métier à tisser).
Il est accompagné dans son travail par sa femme (la canuse), son fils (le gone), un compagnon (qui pourra monter son propre atelier et devenir canut après 5 ans de compagnonnage) et d’un ou plusieurs apprentis (qui pourra devenir compagnon au bout de 5 ans).

Pendant l’Ancien Régime, les commandes de la noblesse et de la royauté enrichissent les canuts et la ville de Lyon (dont le travail autour de la soie comptera pour 1 emploi sur 2 au XVIIIe siècle.

Mais avec le temps, un nouvel acteur s’intègre entre les clients et les canuts : les soyeux.
Ces commerçant centralisent les commandes et les distribuent aux canuts en faisant jouer la concurrence ce qui fait que les canuts se mettent à vivre dans la misère malgré un travail quotidien de 14 à 18h.

 

II - La révolte des canuts

Pour leur permettre de vivre décemment de leur métier, le préfet de Lyon réunit des canuts et des soyeux pour définir un tarif minimal pour les différents types de tissus produits.Revolte des canuts
Un accord est trouvé le 26 octobre 1831 et est célébré dans tous les ateliers.

Mais des soyeux écrivent au gouvernement pour qu’il annule ce tarif qu’ils jugent contraire aux principes de non intervention de l’État dans le monde du travail et de liberté économique.
L’État désavoue le préfet et annule le tarif le 10 novembre.

Le 21 novembre, ce sont des centaines de canuts qui manifestent dans leur quartier quand ils tombent sur des hommes de la Garde Nationale qui leur barrent le passage.
Le ton monte et des coups de feu sont tirés. 3 canuts sont tués et plusieurs sont blessés.

 

C’est le début de la révolte.

Les ouvriers retournent chez eux et s’arment avec ce qu’ils trouvent (essentiellement des pioches et des pelles ainsi que quelques fusils) puis des barricades sont érigées.

Le 22 novembre, les soldats et les gardes nationaux sont peu à peu repoussés de la Croix-Rousse (le quartier où vit la plupart des canuts).
Puis les combats gagnent la ville au fur et à mesure du pillage des armureries et du ralliement des ouvriers aux canuts.
L’armée finit par être éjectée de la ville avec le maire et le commandant militaire de la région pendant la nuit du 22 au 23 novembre tandis que plusieurs membres de la Garde Nationale rejoignent les révoltés.

Le 23 novembre, les insurgés tiennent la ville et aucun pillage n’est à déplorer.
Un comité insurrectionnel est fondé mais il n’a que peu de soutien.

La manifestation des canuts n’était là que pour demander l’application du tarif.
Au bout d’une semaine ils reprennent donc le travail.

Ainsi quand le maréchal Soult et le duc d’Orléans arrivent avec 20 000 hommes, ils ne sont pas attaqués.

Ils peuvent donc rentrer dans la ville sans combats le 3 décembre.
Le 6 décembre, le préfet est révoqué et la Garde Nationale est dissoute.
Le 7, le tarif remit en place à la suite des émeutes et à nouveau aboli.

 

III - Conséquences de la révolte des canuts

Dans l’insurrection, 100 militaires furent tués et 263 blessés.Metier a tisser ajd
Les civils, quand à eux, perdent 69 des leurs et comptent 140 blessés.
90 ouvriers seront fait prisonniers puis relâchés en 1832 sans peine.

D’autres révoltes eurent lieu en 1834, 1844 et 1849 mais le temps des canuts disparaissait peu à peu.
En 1894, un journal lyonnais écrivaient « Lecteur, regarde avec respect ce canut. Tu n’en verra bientôt plus. »

L’apparition d’autres textiles moins chers comme la soie artificielle (la viscose) et le nylon fit diminuer le nombre de canuts qui ne sont plus qu’une poignée aujourd’hui avec encore des métiers à tisser à l’ancienne.
Ils perpétuent la tradition des canuts lyonnais et sont encore régulièrement sollicités pour refaire les tapisseries abîmées des châteaux de France et du monde.

 

La révolte des canuts est malgré tout restée comme l’une des premières révoltes ouvrières contre un monde industriel qu’ils voyaient arriver et qui allait supprimer leurs petits ateliers pour les regrouper dans des usines.

  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Anti-spam