La bataille de Lissa, cuirassés et éperon

Alors que depuis quelques siècles, les marines pensent que le canon est l’arme principal des combats navals, une bataille va remettre en cause leur vision de la bataille.

Premier affrontement entre deux flottes de navires cuirassés de l’Histoire, la bataille de Lissa entre les italiens et les autrichiens va voir un évènement inattendu se produire : un navire va couler dans les eaux de l’Adriatique suite à un éperonage.

 

I - Contexte

Après plusieurs années de tensions pour le contrôle sur les états allemands, l’Autriche et la Prusse entrent en guerre.Guerre austro prussienne
Cette guerre fut relativement court à cause de l’utilisation par les prussiens du chemin de fer ce qui leur permet d’aller plus vite que leurs adversaires.

La Prusse de Bismarck est alliée, pour cette guerre, au Royaume d’Italie qui ambitionne de prendre la Vénétie (ce que la Prusse lui a promit en cas de victoire).

Si l’armée prussienne de Von Moltke écrase bien les autrichiens à la bataille de Sadowa le 4 juillet 1866, les italiens se font battre à Custoza le 24 juin.

Les négociations de paix s’engage mais l’Italie, désireuse d’obtenir l’Istrie et la Dalmatie (en plus de la Vénétie), décide de lancer une attaque suivit d’un débarquement sur l’île de Lissa (île de Vis en Croatie aujourd’hui).
Ce n’est pas un objectif stratégique de premier ordre mais la faiblesse de la garnison et la population majoritairement italienne de l’île devrait rendre l’opération facile et permettrait donc à l’Italie de se mettre en position de force face à l’Autriche dans les négociations.

La flotte italienne arrive face à l’île le 17 juillet 1866 mais ne commence le bombardement des points forts que le lendemain.
Le 20 juillet à l’aube, la situation est critique pour la garnison qui est sous une énorme pression et qui voit se préparer un débarquement de troupes.
C’est alors que la flotte autrichienne arrive.



Met la chanson « And the Wingged hussars arrived » de Sabaton en fond même si l’on a vu ici que le mythe du hussard ailé est différent de la réalité mais on s’éloigne du sujet

 

II - La bataille de Lissa

La flotte autrichienne, commandée par le contre-amiral Wilhelm von Tegetthoff, n’est pas de très bonne qualité pour l’époque.Bataille de lissa
Elle est constituée de 27 navires dont 7 cuirassés (construit en bois puis protégés par une ceinture blindée), 7 vaisseaux en bois (1 navire de ligne et 6 frégates) ainsi que 10 autres navires qui n’ont que peu de valeur au combat.
Les navires autrichiens sont si peu protégés que des rails de chemin de fer ont été installés sur les flancs des navires en bois pour améliorer le moral de l’équipage.

En face, la flotte italienne, avec à sa tête l’amiral Carlo Pellion di Persano (un héros de la guerre de Crimée mais qui a déjà 60 ans et donc manque un peu d’offensive) est plus puissante avec 34 navires dont 12 cuirassés, 10 frégates et le reste est constitué de petits navires sans grande valeur.
Son artillerie est bien plus puissante que celle de son adversaire mais elle manque de cohésion et d’entraînement. En effet, le Royaume d’Italie n’a été créé qu’en 1861 et sa marin est un regroupement entre la flotte du Royaume du Piedmont-Sardaigne et de celle du Royaume des Deux-Siciles . L’unité n’est donc pas très forte.
De plus, peu avant le début de la bataille, le commandant italien change de navire-amiral. Ainsi, les vaisseaux de la flotte continueront de regarder l’ancien navire-amiral et rateront beaucoup d’ordres qui se faisaient encore à l’époque avec des fanions.

Vers 10h, les italiens se déploient en ligne à l’ancienne pour profiter de toute leur puissance de feu.
De leur côté, les autrichiens décident de mener une attaque de face en formant un coin. Ayant des canons d’une portée inférieure a leur adversaire, la flotte austro-hongroise fait le choix d’un combat au plus proche.

Le changement de navire-amiral perturbe la flotte italienne qui cause alors peu de dégâts avant que Tegetthoff n’arrive au contact.Bataille de lissa 2

La mêlée devient alors totale avec chaque bâtiment répondant aux menaces les plus proches sans savoir ce qui se passe sur les autres navires. Chacun joue sa survie au milieu de la fumée des canons et des cheminées au charbon.

Les navires sont tellement proches qu’ils peuvent se toucher et le navire-amiral autrichien, le Ferdinant Max, va en profiter.
Après deux tentatives éperonage infructueuses, il repère un bâtiment italien immobile. Il lui fonce alors dessus et enfonce le flanc du Re d’Italia qui sombre en quelques minutes.
Le Ferdinant Max est ensuite la cible d’une tentative d’éperonage et d’une bordée de canons qui ne lui occasionnent aucun dégâts.

Un peu plus loin, le Kaiser, un navire en bois autrichien, essaie d’éperonner le Re Di Portogallo, un cuirassé italien.
Il ne fait que peu de dégâts mais perd un de ses mats et sa cheminée à cause du choc.

Les combats continuent jusqu’à ce que le Palestro soit touché par un obus qui commença un terrible incendie dans le quartier des officiers.

A 14h30, les deux flottes s’écartent pour s’observer tandis que le Palestro explose.

Les autrichiens protégeant maintenant Lissa, la flotte italienne retourne le 20 juillet au soir vers Ancôme, son port d’attache.

 

III - Conséquences

La bataille de Lissa est une victoire autrichienne.Artillerie de marine​​​​​​​
Seul le Kaiser est fortement endommagé et ils perdent 38 morts et 138 blessés.

De leur côté, les italiens ont deux navires coulés et trois endommagés en plus de déplorer la perte de 643 morts et 40 blessés.

Suite à la bataille, Persano est limogé de la marine tandis que Tegetthoff est acclamé en héros et devient vice-amiral.

La paix fut signé à Cormons le 12 août 1866 et la Vénétie fut cédée à l’Italie.
La question de l’Istrie et de la Dalmatie resta chaude jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale car l’état italien considérait ces régions comme irrédentes.

Pour les conséquences stratégiques de la bataille, les observateurs sont tellement surpris de l’utilisation victorieuse de l’éperon que certains prédisent la disparition du canon face a cette arme.
On recommande ainsi pour les batailles de privilégier le choc à l’éperon comme tactique principale avec des canons qui serviraient uniquement a frapper les ennemis non touchés par l’éperon.

Mais les observateurs se sont uniquement concentré sur la conséquence de d'éperonage du Re d’Italia.
Ils n’ont pas noté qu’il était immobile au moment du choc et surtout que TOUTES les autres tentatives d'éperonage avaient échouées.
Une sorte de biais du survivant un peu inversé …

Il faudra attendre plusieurs dizaines d’années et la bataille de Tsushima en 1905 pour que l’importance de l’artillerie à longue porte soit vue de tous.

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